Arkhè



 Arkhè emprunte son titre au grec ancien, où le mot désigne à la fois l’origine et le principe ordonnateur. Le projet reprend cette notion pour l’étendre à une réflexion sur les fondements imaginaires de la civilisation occidentale : ses mythes, ses élans, ses vestiges, mais aussi la conscience obscure de sa propre fin.

 Réalisée en collaboration avec l’intelligence artificielle, la série explore un territoire ambigu, situé entre mémoire, fiction et histoire. Les images y émergent comme les fragments d’un imaginaire collectif incertain, à la lisière du document et de la vision. Leur transposition au collodion humide, procédé photographique du XIXe siècle, les arrache au flux numérique pour leur conférer une présence singulière : celle d’objets uniques, fragiles, inscrits dans la matière du verre, du temps et de l’accident.

 Cette démarche procède d’un double mouvement. Elle interroge, d’une part, la puissance créatrice d’une civilisation tendue vers l’exploration, l’édification et la projection; elle en révèle, d’autre part, la part crépusculaire, la ruine déjà contenue dans son propre élan. Par les altérations, les opacités et les défauts propres au procédé du collodion humide, ces images changent de statut : elles prennent l’apparence d’archives fictives, comme exhumées d’un passé impossible ou d’un futur oublié. Arkhè propose ainsi une archéologie imaginaire, où se mêlent la précision de la trace et le pouvoir invocateur du mythe.